Le libraire au lecteur
« Quelque approbation qu’ait eue cette histoire dans les lectures qu’on en a faites, l’auteur n’a pas su se résoudre à se déclarer ; il a craint que son nom ne diminuât le succès de son livre. Il sait par expérience que l’on condamne quelquefois les ouvrages sur la médiocre opinion qu’on a de l’auteur et il sait aussi que la réputation de l’auteur donne souvent du prix aux ouvrages. Il demeure donc dans l’obscurité où il est, pour laisser les jugements plus libres et plus équitables, et il se montrera néanmoins si cette histoire est aussi agréable au public que je l’espère."
La Princesse de Clèves – Mme de Lafayette
Manières douces est un recueil de nouvelles érotiques piquantes, mais n’est-ce pas avant tout le mystérieux sentiment amoureux qui est mis à l’honneur dans chacune de ses 15 nouvelles ?
C'est le bon vieux sentiment amoureux, en effet, qui est mis en scène, mais avec toute sa chaude relation au sexe, au désir, au jeu. Le sentiment amoureux est aussi logé dans la peau et dans les jolis recoins sombres des corps aimés. C'est là que je vais le débusquer.
La nouvelle se prête-t-elle bien à la littérature érotique ?
Si l'amour est fait de moments de complicité, de regards échangés, de caresses surprises, de rires partagés, de petits gestes de bonheur et de longues étreintes, il est un recueil de nouvelles.
Profane Lulu, vous êtes l’auteur de ce recueil, mais aussi acteur ou spectateur de ces quinze saynètes doucement érotiques, qui êtes-vous ?
Je suis celui qui aime aimer et qui aime le spectacle de l'amour.
Comme le sexe, chaque nouvelle de votre recueil est un jeu. Je pense en particulier à « Ciné-roman ». Pouvez-vous nous en dire plus sur cette histoire toute poétique ?
ll n'y a pas d'amour sans jeu. Il n'y a pas d'amour sans histoire. Il n'y a pas d'amour sans les histoires de l'amour. Chaque amour s'inscrit à sa façon dans une vaste histoire des amours. Chaque passion porte en elle la trace de toutes les passions. Cette nouvelle tente de placer l'amour que se portent les deux personnages dans la grande chaîne amoureuse, la chaîne des gestes recommencés que la littérature conserve dans ses plus beaux moments. C'est cette quête-là qui est la règle de leur jeu amoureux. S'aimer, c'est toujours s'aimer comme on s'aime et s'aimer comme Victor Hugo aimait, comme aimaient Baudelaire et la Princesse de Clèves.
Adèle, personnage au prénom si doux. Est-ce une muse, un modèle qu’il vous plaît, Profane Lulu, de défeuiller et d’habiller en même temps ?
Adèle au doux prénom est celle que l'on habille pour mieux déshabiller. Profane est styliste parce que rien n'est plus voluptueux que d'inventer le bel habit qu'il devra retirer ensuite dans l'impatience du désir qu'il vient soigneusement de construire. Adèle est peut-être une muse, mais elle est surtout le clair sujet d'un désir. Elle en joue.
Le désir charnel semble emprunter des voies impénétrables et peut naître dans des endroits aussi improbables que peu adaptés, tels que le métro ou la place des Vosges, est-ce un matériau littéraire riche, inépuisable et… amusant ?
Bien sûr que ce jeu est amusant. L'amour est partout où l'amour se trouve : aimer est une activité à temps plein et le désir de l'autre, mêlé au désir de le surprendre, peut surgir à chaque seconde, dans les endroits les plus incongrus, selon les règles les plus fantaisistes. Je me sers de ce côté bondissant du désir pour créer des situations cocasses, inattendues, risquées parfois, mais drôles...
On lit ce recueil avec un sourire en coin, à la fois coquin et amusé. L’humour aide-t-il à parler d’érotisme sans tabou ni vulgarité ?
Les belles amours sans humour sont-elles vraiment de belles amours ? L'amour qui donne si bien envie de pleurer, ne donne-t-il pas aussi envie de rire ?
Il est évident que cet humour est une arme contre la tristesse du désamour et le sombre ennui du sexe mal raconté.
Profane Lulu, avez-vous une confession à nous faire ?
Oui. Je ne suis pas moi.
C'est Paul Fournel qui m'a créé de toutes pièces pour avoir le plaisir d'être au même moment personnage et auteur, acteur et voyeur, simple et double à la fois.
Il m'a créé aussi – je lui en ai longuement parlé – pour jouer avec la tradition qui voulait que les auteurs de textes coquins se cachent derrière des pseudonymes. Il a choisi le sien transparent (il a brassé les lettres de son nom), il a ajouté des allusions (cherchez-les!) qui montrent clairement qu'il joue à se cacher et ne se cache pas vraiment.
Mais ce jeu cependant masque tout de même une sourde inquiétude et voudrait ne pas être prémonitoire d'une montée fâcheuse du sexuellement correct. Le politiquement correct, l'écologiquement correct et le sexuellement correct risquent fort d'être bientôt les nouvelles plaies du monde. Faudra-t-il, dans un avenir proche, de nouveau se masquer? « Manières douces » est un petit remède préventif, une simple piqûre de rappel au plaisir.
Merci beaucoup Profane Lulu !