Quatre questions à l'éditeur, Charles Kermarec.
Ecoutez le principe de plaisir c’est toujours un principe d’action et donc c’est ça effectivement qui préside à la naissance de cette nouvelle maison d’édition. Ceci étant, le principe de plaisir, c’est pas un principe suffisant. Pour commencer à faire quelque chose, encore faut-il que les circonstances le permettent. Les éditeurs de la place font parfaitement leur travail et sans doute n’aurions-nous pas commencé cette aventure incertaine si les circonstances et notamment l’émergence de l’économie numérique dans le livre ne nous avaient pas poussé à le faire. Il se trouve que l’arrivée du numérique dans le livre est en train de bouleverser les pratiques usuelles de la librairie et de l’édition et que probablement le métier de libraire est un métier en danger. Il se trouve aussi que la technique et en particulier la technique du code 2D permet de lier livre papier et livre numérique et en l’occurrence c’est cette solution-là qui consiste à placer un code 2D dans un livre papier et donc de faire en sorte que le fichier numérique – l’électronique du livre, le numérique du livre – entre de plain-pied dans le livre Gutenberg, dans le livre papier et donc par conséquent dans la librairie, cette possibilité technique-là nous a fait penser qu’il fallait ouvrir cette voie. Elle aurait pu être ouverte pas les éditeurs de la place mais ce n’est pas quelque chose dont à l’évidence ils se sont souciés donc nous nous sommes saisis de cette opportunité et nous avons décidé de nous lancer, mus à la fois par le principe de plaisir et par la nécessité qu’il y a à faire en sorte que la librairie en général ne soit pas écartée de l’avènement du numérique dans le monde de l’édition.
Dans le code 2D, on trouve tout le livre, la totalité du livre depuis le premier mot jusqu’au dernier mot. On n’a pas utilisé le code 2D comme certains proposent de le faire pour augmenter la réalité du livre. Je ne crois pas que la réalité du livre soit sur le fond « augmentable ». Le livre nécessite de l’attention, de la concentration, et certainement pas si on veut maîtriser sa lecture si on veut profiter à plein de sa lecture, de s’en évader. Donc on a souhaité pour ce qui nous concerne non pas ajouter des bonus – des vidéos, des chansons, etc. – à ce que l’écrivain a décidé d’écrire, mais simplement de se cantonner à l’écrit dans sa totalité pour faire en sorte que avec le livre papier soit proposé un format complémentaire de lecture, lequel peut rendre service au lecteur.
Si vous voulez, pour faire simple, de la même manière que le livre de poche s’est dans les années 50 ajouté à la primo-édition brochée, on constate que le code 2D permet aujourd’hui d’ajouter à la primo-édition brochée, à la deuxième édition en poche, un troisième format de lecture, ce troisième format étant le livre électronique, le fichier électronique du livre lu sur des tablettes électroniques les plus diverses, que ce soient téléphones portables, Kindle, Cybook et autres ordinateurs portables.
Concrètement on a un dispositif, un livre papier, dans lequel, en troisième de couverture, est imprimé un code en deux dimensions. Lequel est, au fond, un moyen technique qui complète cet objet matériel bien réel qu'est un livre Gutenberg. C'est tout simple, mais la nouveauté ça n'a pas besoin d'être compliqué pour être inventif. Voilà c'est tout. Et ça marche.
Oui. Généralement on fait les choses pas tout à fait par hasard. Des nouvelles en effet parce que quoiqu’elles soient censées ne pas bien fonctionner en France, elles correspondent parfaitement aux modes urbains de fonctionnement de la plupart de nos concitoyens. On se déplace beaucoup, souvent sur des délais courts, quand on prend le métro par exemple ou quand on prend le bus. On constate que les gens qui prennent le métro sont généralement pas seulement pressés comme des sardines, « ensardinés », dans le métro mais aussi soucieux d’utiliser leur temps à bon escient et on les voit tous avec un journal ou avec un livre en main. La lecture d’un journal ou d’un livre, c’est parfois compliqué quand il y a beaucoup de monde dans les transports en commun et donc dans ce cas de figure, une tablette électronique, c’est certainement plus pratique. Mais en même temps le temps de déplacement est un temps de déplacement court entre deux stations et donc lire « A la recherche du temps perdu » dans le métro, c’est une entreprise hasardeuse. Il nous a donc semblé que les nouvelles étaient le format adapté à la lecture dans ces circonstances-là.
Alors, on est allés un peu plus loin que le fait d’éditer des nouvelles. On a pris le parti de demander aux auteurs qui nous accompagnent sur ce chemin de traiter un seul thème pour l’ensemble de leur recueil. C’est ainsi qu’Hervé Hamon nous propose douze nouvelles sur le traître, la traîtrise et la trahison, et donc il fait en douze nouvelles qui sont autant de chapitres le tour de la question comme s’il avait écrit un roman, et un roman en douze chapitres. Voilà la raison principale qui nous a poussés à commencer par des nouvelles. Ceci étant, on ne va pas s’arrêter aux nouvelles et on va proposer d’autres livres de littérature mais aussi de sciences humaines et ils ne seront pas tous nécessairement sous le format de nouvelles. D’ailleurs ils ne sont pas tous puisque déjà sont dans les tuyaux des livres qui n’en sont pas précisément.
Là encore, c’est le principe du plaisir qui gouverne. Celui d’amitié aussi. Il se trouve que depuis le temps qu’à dialogues nous fréquentons des écrivains, plusieurs sont devenus des amis. Des écrivains de talent : Hervé Hamon, dont la bibliographie est très fournie comme vous le savez à la fois en sciences humaines et aussi en matière de romans et de récits. Michel Serres, qu’on ne présente plus, mais que je vais présenter quand même : Académicien, tout le monde le sait, Professeur à Stanford, après l’avoir été à la Sorbonne, après l’avoir été à Normale Sup, philosophe l’un des plus éminents que compte la France aujourd’hui. Et puis parmi les auteurs aussi : l’un d’eux spécialiste de l’Oulipo qui se cache derrière un pseudo que j’espère les lecteurs auront à cœur de dévoiler, Profane Lulu, lui aussi auteur confirmé, de talent, réputé, avec une longue liste d’ouvrages aux éditions du Seuil notamment. Dominique Julien, encore, nous livre neuf nouvelles bien sombres sur la souffrance du précaire qu’il a été avant d’enseigner la philosophie aux lycéens. Son style, rude, emprunte à Bukowski ou à Céline. Et puis, philosophe encore, Christiane Frémont, qui est chargée de recherche au CNRS, et nous donne un prochain livre sur Diderot, un recueil d’articles sur Diderot, tout à fait éclairant. Et puis dans cette collection où son livre se situera qui s’appelle la collection « Ouvertures », qui en réalité est une collection qui signifie qu’on se situe du côté de la liberté de penser, la liberté de l’esprit, on aura aussi un texte de Michel Treguer qui nous conte l’histoire d’un village à l’heure de l’occupation allemande et en tire la conclusion que l’histoire de l’identité de la France, l’identité nationale, n’est peut-être pas tout à fait dans la réalité celle qu’on brosse dans les livres généralement. Et puis, à venir aussi, des nouvelles encore par Christophe Paviot, Hervé Bellec…
Des ouvrages de sciences politiques, de réflexion sur le droit… Bref, on se situera à la fois dans la littérature et dans les sciences humaines en essayant de faire en sorte qu’aucun texte ne soit un texte de circonstance mais des textes choisis, voulus et j’espère tous de bonne qualité.