Date de parution
09 septembre 2010
ISBN
9782918135043
Prix
22,00 €
Nombre de pages
196
Format
210mm x 135mm
Poids
260g
Formats inclus gratuitement :
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Date de parution
25 février 2013
ISBN
9782369450191
Prix
5,20 €
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Biogée


Quelques mots sur le livre

Biogée est une rhapsodie où alternent le conteur et le philosophe. Exclusivité : le texte entier lu par Michel Serres lui-même accessible gratuitement grâce au livre.

Quatrième de couverture

Comment les marins se sauvent-ils des tempêtes ? Et les mariniers des inondations ? Comment les montagnards se tirent-ils des crevasses ? Et les gardiens de phare d’un envahissement de rats ? Comment les savants négocient-ils le feu et les bombes des volcans ? Que disent la brise, les fleuves turbulents, le grand hurlement des loups et le silence des microbes qui foisonnent ? Pour faire entendre le bruit de fond du monde et la voix des vivants, j’ai appelé à l’aide le récit de la nouvelle, l’évocation poétique ou musicale, les raisons scientifiques et la méditation propre à la philosophie… en une mosaïque la plus proche possible de l’expérience positive de la vie.

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Critique : Christiane Frémont nous parle de Biogée...

"Michel Serres, philosophe, mais écrivain d’abord et toujours, publie aujourd’hui un livre au titre étrange et beau : Biogée  –

Bio signifie la vie, Gée désigne la terre. Pourquoi ce titre s’est-il imposé à lui ? c’est que, répond-il, la Vie habite la Terre et la Terre se mêle à la Vie ; c’est aussi – les lignes de Valéry et de Bernanos inscrites en exergue le disent – les choses, comme les vivants, ont un langage, et que l’âme d’un poète sait devenir arbre. Et le philosophe, lui, devient récitant, mêlant légende, histoire, récit, choses vues ou rêvées, avec des paroles de philosophie.

A qui s’étonne devant cet objet inusité en philosophie, Michel Serres répond que les sciences de la vie et de la terre sont en passe de prendre la première place dans nos savoirs et nos pratiques. Non seulement parce que nous sommes de plus en plus instruits sur la formation du globe et la fabrication des vivants, mais aussi parce qu’il y a urgence : nous devons nous occuper de la Biogée tout entière que nous avons mise en péril et qui nous met en danger. Il faut rappeler ici les thèmes des précédents livres, Hominescence qui par le concept d’ « objet-monde » mesure le nouveau rapport de l’homme à la Terre, Temps des crises où apparaît le mot « Biogée », puissance incontournable et inquiétante, milieu et partenaire de l’humanité, terme muet – moins qu’on ne croit, on le lira ici – d’un « contrat naturel » nécessaire, jamais écrit. Si surprenant soit ce livre, il est dans le droit fil de l’œuvre, car Michel Serres est l’un un des rares philosophes contemporains à toujours avoir fait entrer le monde dans ses écrits – le feu, les mers et les fleuves, le dessin des continents, le choc des particules, objets de la physique sans doute, mais aussi de la philosophie, comme modèles d'intelligibilité des connaissances et des pratiques humaines : turbulences, flux, passages, îles, crêtes, nuages, chaos…bref, le monde extérieur ne se borne pas pour lui aux maigres notions de matière, d’objet, de chose, de temps et d’espace. La Biogée s’inscrit dans la série des personnages-concepts qui jalonnent l’œuvre (Hermès, le Parasite, la Noise…) concept global cette fois, essentiel en ce qu’il nous est co-naturel, nous nés de lui et lui de nous : la Biogée est la nation , nous y sommes tous nés depuis notre première aurore, disait le philosophe après Copenhague, invitant à la création d’une institution véritablement mondiale.

 Biogée  est une rhapsodie où alternent le conteur et le philosophe, tissant ensemble une puissance verbale encore jamais atteinte, poétique au sens étymologique du terme, et la précision de la pensée ; où les héros sont  gardien de phare, savant génial, musicien méconnu ou artiste renommée, gens modestes et figures emblématiques du savoir ou de la sagesse,  tous également traversés  d’ un flux de vie intense ; mais les lieux du monde, le vent, les eaux,  les roches, les paysages, tout ce qui dure ou se meut sur la planète sont au même titre acteurs. Biogée  raconte la geste commune aux choses et aux êtres : chaque personnage ici – dit son auteur –  vit d’un métier en relation directe, quasi fusionnelle, avec la mer ou le fleuve, les voiles et l’ouragan, la roche et la neige, les fournaises ou les animaux. Histoires d’hommes, de bêtes et de plantes, et des quatre éléments.
Le pari est alors le suivant : peut-on vraiment dire des récits où l’héroïne, où le héros, humains, laisseraient leur place aux autres habitants de la Biogée, vivants ou inertes ? La littérature et la poésie ont toujours fait parler la Nature, et dialogué avec elle. Mais ce n’est pas de cette tradition ou de cet artifice qu’il s’agit là. Et pourtant l’auteur écrit bel et bien : « Qui jase de concert ? Les choses du monde. Qui parle au total ? La Biogée soi-même. » (p.139). Lisez par exemple,  « Mer dix » (p.87), lisez « Le grand hurlement des loups » (p.114) : dans une expérience personnelle vécue et réitérée par le récit, c’est bien Michel Serres qui parle,  mais sans avoir la parole, car il n’en est ni le sujet ni l’objet. En est-il seulement l’intercesseur ? moins qu’un interprète, rien qu’un vecteur… Support, transport – et cela va parfois jusqu’au mélange, jusqu’à la métamorphose –, c’est cela qui est en jeu sous le discours poétique, et qui peut-être fait le sérieux de la poésie. Et sous la poésie, la philosophie, la science : la communication, la traduction – l’objet des premiers Hermès. De ce savoir-là Biogée  se fait l’écho : « Nous ne sommes pas les seuls à écrire et à lire, à coder, à déchiffrer les codes des autres, à se laisser décoder par autrui, à comprendre, à muter, à inventer, à communiquer, à échanger des signaux, à traiter l’information, à nous rencontrer… »(p.170).  Tel est le langage universel de la Biogée, d’où naquirent nos langues, et les paroles vocales des bêtes, et les signaux chimiques des plantes et des choses inertes : les éléments et les vivants émettent une quantité d’information au moins aussi lumineuse, importante, décisive et intéressante que celle émise par nos semblables qui s’expriment en langage humain –  voici le support de ce contrat naturel qui nous lie à la Biogée, expliquait dernièrement Michel Serres. Cela justement permet de ne plus la traiter comme un objet, suivant la tradition de la raison technicienne mais comme un sujet émetteur de sens (ce qui n’implique pas d’y supposer une subjectivité).
« Joie » est le dernier mot du livre. Pourquoi ? L’auteur répond : ce livre célèbre une antique et fabuleuse nouveauté…Nous savons désormais que nous jouissons d’un codage commun, nous sommes et vivons comme le monde. Le monde communique entre soi aussi bien que nous communiquons entre nous et avec lui.  Gardons-nous de voir là le mythe d’une unité fusionnelle retrouvée avec le grand Tout : c’est plutôt l’idée d’une connivence, d’une familiarité ;  et, pour  nos savoirs et nos techniques, la compréhension et l’échange. La communication, philosophie douce, seule alternative à la maîtrise ?"